Rencontre avec Sébastien Legroux, agriculteur-coopérateur dans les Ardennes
Pour Sébastien, installé depuis trois ans sur la ferme de ses oncles et après 12 ans de double activité, la flambée des prix de l’électricité dès le début de la guerre en Ukraine a été le déclencheur. « Je voulais sécuriser notre approvisionnement en électricité car nous consommons à peu près 50 000 kilowatts par an avec notre robot de traite », précise-t-il. Après avoir examiné plusieurs options d’installations photovoltaïques, il ne voulait pas de méthaniseur, « trop compliqué et trop chronophage, trop gourmand en main-d’œuvre ». Son choix se porte alors sur une installation innovante, un trackersolaire, une sorte d’immense écran installé en plein champ, à 10,5 mètres de hauteur. Conçu « comme un tournesol » pour suivre la course du soleil tout au long de la journée, il augmente de 50 % le rendement par rapport à une installation fixe. Son coût raisonnable (environ 65 000 euros), la simplicité d’installation (une déclaration de travaux suffit) – « 15 m2 de béton au pied, des câbles à tirer, un simple raccordement au réseau électrique existant et le tour est joué » – et sa facilité d’entretien (un fonctionnement entièrement piloté à distance par le constructeur) l’ont convaincu.
"Je voulais sécuriser notre approvisionnement en électricité car nous consommons à peu près 50 000 kilowatts par an avec notre robot de traite."Sébastien Legroux
Résultat ? Une production de 40 000 kilowatts par an qui lui assure une autonomie à 80 %. Et depuis 18 mois, son contrat avec Urban Solar lui fait gagner des crédits d’électricité lorsqu’il injecte dans le réseau son surplus éventuel. Sur un an, il a ainsi acheté 11 500 kilowatts et injecté 21 800 kilowatts sur le réseau, « stockés » et à consommer plus tard. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. « Il y a trois ans, à la suite d’un agrandissement de l’exploitation, j’ai eu l’opportunité de racheter à mon voisin qui partait à la retraite deux bâtiments des années 70, dont un des toits était à refaire », explique Sébastien. « Au vu des premiers devis, j’ai commencé à penser aux panneaux photovoltaïques comme moyen d’autofinancement », poursuit-il. Un projet – 400 kilowatts en revente complète –, cette fois, beaucoup plus ambitieux (environ 270 000 euros) et complexe à monter. Outre les différentes autorisations à obtenir et le coût plus important de l’assurance, « il y a du fourrage stocké dans l’un des bâtiments, des bêtes dans l’autre ».
Les puissances envisagées, beaucoup plus importantes, nécessitaient un changement de transformateur, soit un délai supplémentaire d’un an. « Mais depuis six mois, c’est en route. Et on n’a rien à faire, il n’y a pas de main-d’œuvre supplémentaire », se félicite Sébastien, qui va bientôt pouvoir établir sa première facture à EDF avec un prix de vente contractuel sur 20 ans. « Au départ, les montants à investir font un peu peur mais, au final, c’est un bon moyen de s’autofinancer, voire de récupérer un revenu supplémentaire », conclut-il.
Pour aller plus loin...
Méthanisation, agrivoltaïsme : ils ont sauté le pas. Trois agriculteurs-coopérateurs partagent leur retour d’expérience sur la production d’énergie verte. À écouter dans ce podcast !