Portrait

Rencontre avec Laurent Miquel, agriculteur-coopérateur dans les Ardennes

Laurent MIQUEL
Quatre-champs
Polyculture (blé, maïs, seigle, triticale)  et élevage (ateliers lait et viande) à Qautre-Champs (08)

Pourquoi ne pas développer la production de biogaz pour transformer le site en une ferme à énergie positive ? C’est le pari que se sont lancé Laurent et sa femme en 2013. L’idée avait de quoi séduire ce jeune agriculteur-éleveur installé en 2001, avant de fusionner en 2008 son exploitation avec celle de son père. « À l’époque, nous y voyions un moyen de diversifier nos revenus et de nous affranchir aussi de l’incertitude du métier d’agriculteur : le climat, les cours des céréales, il y a toujours un truc qui ne va pas, c’est devenu très compliqué », soupire Laurent. 
En effet, se lancer dans une activité de méthanisation n’est pas simple : « La première réflexion a commencé avant la naissance de Faustine, notre deuxième fille, et la construction des installations s’est terminée en 2019, longtemps après la naissance de sa sœur, Eugénie ! », s’amuse Laurent. D’autant qu’au projet initial de méthaniseur s’ajoute rapidement celui de l’installation d’un séchoir, une solution de valorisation de la chaleur dégagée qui leur garantit le meilleur prix d’électricité et aussi une subvention de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) intégrée à leur apport.

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Rien n’est perdu. Rien ne se crée, tout se transforme. C’est la boucle vertueuse de la méthanisation.
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Laurent Miquel

La phase la plus longue ? Obtenir l’accord bancaire. Viennent alors le montage financier, puis l’élaboration du dossier technique, le montage ICPE1, le permis de construire… des démarches administratives complexes dont s’est quasi exclusivement occupée Estelle, l’épouse de Laurent, par ailleurs courtière en assurances. « Nous étions un peu des pionniers, à l’époque, il y avait très peu de références, poursuit-il. Il a fallu qu’on apprenne, que l’on réfléchisse à comment optimiser les investissements au regard des apports d’argent réclamés. Nous étions partis avec un constructeur mais c’est finalement avec un autre que nous avons pu boucler le projet sans surinvestir. » 

Un véritable parcours du combattant, donc, mais Laurent et son épouse peuvent être fiers du résultat : six ans de pourparlers et de dossiers administratifs, 6 000 sacs de ciment, 500 m2 de sable et 10 kilomètres de fourreau (et 13 kilos en moins pour Laurent) plus tard, le site fonctionne en quasi-autonomie. « Nous valorisons toutes nos matières solides (fumier, herbe, seigle, maïs), tous nos effluents, et même un peu de ceux des fermes alentour qui veulent récupérer du digestat, et tous nos déchets, explique-t-il. Le co-générateur produit 340 kilowattheures électriques et thermiques. L’énergie thermique nous sert à chauffer deux maisons familiales et les eaux sanitaires des vaches mais aussi les cuves du méthaniseur et le séchoir. Et nous revendons à EDF 100 % de l’énergie électrique produite. » 

Un bénéfice tout sauf anodin : un revenu complémentaire, des économies d’électricité, plus besoin de fioul domestique et, surtout, des achats d’engrais divisés par quatre. « Rien n’est perdu. Rien ne se crée, tout se transforme. C’est la boucle vertueuse de la méthanisation », se félicite Laurent. Une belle mécanique naturelle qu’il faut néanmoins surveiller chaque jour. « Il faut être très maniaque sur la ration qu’on donne à ce gros estomac, avec un mélange régulier et équilibré, prévient Laurent. Et puis, même si tout est automatisé, on a quand même au minimum un problème par jour à régler. Mais lorsque l’on a la station bien en main, beaucoup de choses se règlent par téléphone, en supervision informatique, voire par le constructeur à distance. » 

1Toute exploitation industrielle ou agricole susceptible de créer des risques pour les tiers riverains et/ou de provoquer des pollutions ou des nuisances vis-à-vis de l’environnement est potentiellement une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE).

Pour aller plus loin... 

Méthanisation, agrivoltaïsme : ils ont sauté le pas. Trois agriculteurs-coopérateurs partagent leur retour d’expérience sur la production d’énergie verte. À écouter dans ce podcast !

Publié le Mardi 12 mai 2026