Les bio-intrants

Axe majeur d’innovation et d’expérimentation pour l’agriculture de demain, les bio-intrants naissent de la terre, milieu vivant qui permet de défendre et d'assurer la croissance des végétaux.

Au travers de l'union de coopératives CRD, les agriculteurs-coopérateurs de VIVESCIA participent depuis 10 ans à l'effort de recherche et développement dans le domaine des bio-intrants. 

bio-intrants - CRD céréales recherche et développement

Rencontre avec Alix Rousseaux
Alix
Rousseaux
Responsable marché Bio-intrants et Chef de projet R&D, Département Fractionnement-Purification chez ARD

Un bio-intrant, c’est quoi exactement ?

Le sol est un écosystème dans lequel vivent des bactéries, des levures, des moisissures… Les bio-intrants mobilisent ces ressources naturelles du sol. Développer des bio-intrants, c’est donc mettre à profit les richesses en micro-organismes contenus dans la terre pour obtenir des intrants vivants et naturels, compatibles avec une agriculture économiquement viable et respectueuse de l’environnement sur le long terme.
 

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Ces micro-organismes sont de nature différente. Peuvent-ils jouer des rôles différents ? Et donc couvrir différents besoins ?

Oui. Par exemple, certains vivent en symbiose avec les plantes : ils jouent le rôle de transporteurs d’engrais et facilitent la pénétration de ces minéraux dans les racines des végétaux. D’autres ont un rôle de protecteur naturel : ils préviennent le développement d’agents pathogènes en occupant le terrain. D’autres enfin, à l’intérieur des plantes, produisent des molécules qui servent de base à l’auto-défense des végétaux. Dans les bio-intrants, on distingue donc les produits de biocontrôle qui luttent contre les maladies, les biofertilisants qui améliorent l’assimilation des éléments apportés par les engrais, et les produits de biostimulation qui boostent les plantes.

En fait, les bio-intrants existent à l’état naturel dans le sol. Qu’est-ce que vos recherches et expérimentations apportent de plus ?

Les bio-intrants sont des produits vivants présents dans les sols et sur les plantes. C’est le cas par exemple de champignons qui permettent de lutter contre la fusariose, une maladie du blé. Pour pouvoir remplacer les  produits phytosanitaires conventionnels par des produits naturels ou réduire la dose des produits phytosanitaires conventionnels ou des engrais, il faut apprendre à les connaître, mettre au point un procédé pour les faire se développer en nombre et pour qu’ils résistent jusqu’à l’application au champ, déterminer la meilleure façon de les utiliser en fonction de la nature des sols et des conditions pédo-climatiques.  De nombreuses expérimentations sont nécessaires pour maîtriser leur mise en œuvre. C’est la vocation des programmes de recherche développés par ARD, société de biotechnologies industrielles et de chimie du végétal qui fait partie du groupe VIVESCIA avec le soutien de CRD (Céréales Recherche et Développement) financé en majorité par VIVESCIA.

Bio-contrôle ? Vous contrôlez quoi ?

Le biocontrôle est une manière d’aider les plantes à lutter contre certaines maladies (par exemple la septoriose et la fusariose du blé). Pour cela, nous isolons et sélectionnons les micro-organismes susceptibles d’être les plus efficaces. Nous conduisons des tests sur plantes en laboratoire puis au champ sur des parcelles. Concernant la lutte contre la fusariose, projet « CERBIO », les premiers résultats, obtenus en micro-parcelle, sont intéressants et prometteurs*.  Dernière précision : les micro-organismes Cerbio s’utilisent seuls ou en complément (à conditions de choisir un fongicide compatible avec la souche ou avec des traitements espacés dans le temps).

Et les bio-fertilisants, comment « fertilisent-ils » ?

Nous avons isolé des bactéries qui facilitent l’assimilation du phosphore par la plante, ce qui permet de diminuer l’apport de phosphore dans les sols. C’est l’objet du projet “Bioferti ». Les souches retenues ont été développées en fermenteur et des tests sur des parcelles de colza et maïs ont été lancés.  Plusieurs souches en développement permettent des gains de rendement allant jusqu’à +4,5% (sans fertilisation en phosphore par rapport à un témoin non inoculé avec fertilisation classique)  et jusqu’à +7,5% (sans fertilisation en phosphore par rapport à un témoin non inoculé sans fertilisation en phosphore).

La bio-stimulation, ça se passe comment ? Quels en sont les avantages ? 

Le projet développé par ARD/VIVESCIA a mis en lumière le rôle de micro-organismes qui vivent en symbiose avec les racines du tournesol et sécrètent un produit (oligo-saccharide) capable de capter l’eau et de la restituer ultérieurement. La mise en culture de ces souches conduite en laboratoire, (c’est-à-dire dans des conditions contrôlées en termes de température, d’humidité et de lumière) sur le tournesol et le blé de printemps montre une germination plus importante et plus rapide. Des essais en champ sont programmés en octobre 2018 pour le blé de printemps et en avril 2019 pour le tournesol. Cette germination accrue permet d’envisager de meilleurs rendements, en cas de stress hydrique, pour ces deux espèces.

Les bio-intrants constituent-ils vraiment des solutions d’avenir pour réduire les intrants chimiques ?

Nos premières recherches dans ce domaine remontent à une vingtaine d’années et elles se sont intensifiées depuis 10 ans avec le soutien d’ARD. Si nous persévérons, c’est parce que  nous sommes convaincus qu’il s’agit de solutions d’avenir ! Les bio-intrants fonctionnent d’ailleurs très bien dans des conditions contrôlées du maraichage qui se pratique souvent sous serre. Ce n’est évidemment pas le cas des grandes cultures céréalières : les bio-intrants sont donc plutôt un complément ou une alternative partielle aux produits phytosanitaires, car ce sont des produits vivants, donc très dépendants des conditions climatiques. Pour qu’ils soient aussi efficaces que les produits chimiques, il faut encore apprendre à les utiliser, à les expérimenter différemment des produits phytosanitaires conventionnels et à les combiner avec d’autres solutions (génétique, agronomie, solutions mécaniques, outils d’aide à la décision). Nous y œuvrons et nous progressons chaque jour ! Ces résultats sont très prometteurs en micro-parcelle. ARD envisage de monter en échelle, tant dans les essais aux champs que dans le développement industriel du procédé, afin de produire des bio-intrants accessibles aux agriculteurs d’ici 5 ans. L’ambition est de substituer 20 à 50% des produits phytosanitaires conventionnels et de diminuer les doses d’engrais. Ces innovations devront être associées à des évolutions agronomiques (itinéraire technique, assolement, couverts...) pour maximiser leur succès.

* Une souche a permis d’obtenir un gain de rendement jusqu’à + 17% (avec 2 applications souche seule) par rapport au témoin non traité (la référence produit phytopharmaceutique (PPP) conventionnel, le Prosaro, à pleine dose présentant un gain de rendement de +25% par rapport au témoin non traité). Un brevet est actuellement en cours sur cette souche.

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R&D, partenariats, expérimentations…

Les bio-intrants sont un levier de progrès majeur pour développer l’agriculture durable. Ils intéressent donc de nombreux agriculteurs en France, en Europe et dans le monde… Pour accélérer le mouvement, il faut partager et mutualiser les connaissances ! Une démarche que s’inscrit dans la logique du Groupe coopératif VIVESCIA : le partage et l’alliance de compétences font partie de ses gènes.  

Sur les bio-intrants comme sur d’autres sujets, les équipes de VIVESCIA ne travaillent pas seules : à la fois pour des questions d’efficacité, de rapidité et de coût. Expérimentations et partenariats se multiplient pour faire avancer la mise au point de ces produits d’avenir, les adapter aux grandes cultures céréalières, et les rendre accessibles le plus rapidement possible aux agriculteurs. L’objectif final est clair : réduire l’utilisation des intrants phytosanitaires conventionnels.

Adapter les bio-intrants aux grandes cultures : pourquoi ?

Aujourd’hui les bio-intrants fonctionnent bien en maraîchage et en arboriculture parce que les conditions de culture, notamment les surfaces concernées, peuvent être plus facilement contrôlées. Leur efficacité est plus variable en grandes cultures céréalières. Actuellement, pour les céréales, les produits de bio-contrôle sont plutôt un complément ou une alternative partielle aux produits phytosanitaires.

Les bio-intrantsExpérimenter en réseau : comment ?

Depuis plusieurs années, de nombreux acteurs se sont en effet attelés à la mise au point de bio-intrants, en particulier les produits de bio-contrôle. Parallèlement aux travaux conduits avec les experts d’ARD, VIVESCIA collabore depuis longtemps, et régulièrement, avec les universités*, des acteurs privés et publics, des start-ups… Mais au-delà de la recherche en laboratoire, l’expérimentation grandeur nature sur des parcelles est déterminante pour évaluer l’efficacité des produits. En tant que groupe coopératif agricole, VIVESCIA est bien placé pour les conduire : nos équipes disposent d’une longue expérience en la matière. Nous participons donc aux tests de différents produits provenant d’autres structures.

VIVESCIA fait notamment partie d’un réseau collaboratif national baptisé R2E (Réseau d’expérimentation d’excellence), regroupant les coopératives qui respectent les bonnes pratiques d’expérimentation (BPE). Dans ce cadre nous travaillons avec ARVALIS - Institut du végétal, un organisme de recherche appliquée agricole, pour prendre part à l’évaluation et au développement de ces nouvelles solutions en grandes cultures.

*Ecole Centrale Supelec, AgroParisTech, Université de Reims Champagne Ardenne, Neoma Business School

Promouvoir le bio-contrôle en France et à l’international : pourquoi ?

Au niveau français, ARD est membre fondateur du Consortium Bio-Contrôle. Créé en janvier 2017 et porté par l’INRA, il réunit des acteurs publics et privés. Il favorise le montage de projets de R&D entre industriels de produits de santé végétale, entreprises déjà engagées dans le bio-contrôle et les instituts de recherche publics.

Au niveau international, ARD est membre de l’International Biocontrol Manufacturers' Association (IBMA) qui rassemble des acteurs privés du monde entier. Cette association d’industriels joue un rôle actif de lobbying au niveau règlementaire pour faciliter les autorisations de mise sur le marché de produits de bio-contrôle.